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Claude Haegi au Cercle Condorcet-Voltaire

Claude Haegi au Cercle Condorcet-Voltaire

Invité le 12 mai par le Cercle Condorcet à Ferney-Voltaire (Ain) pour évoquer l’agglomération transfrontalière franco-genevoise baptisée « Grand Genève », Claude Haegi a tenu à l’intégrer dans la vision plus large d’un espace « Léman-Mont-Blanc ». Il a introduit son sujet en montrant que les projets actuels sont souvent étriqués. Dans les années 1950, on était capable de créer le CERN comme pôle européen et mondial de la recherche nucléaire et de le faire approuver en votation populaire, ce qui semblerait impensable aujourd’hui, a-t-il dit, où l’on butte sur des lignes de trams !

Il a précisé la vision qui est la sienne en référence à la philosophie de Denis de Rougemont, développée notamment dans « L’Avenir est notre Affaire » (1977), qui contient une approche fédéraliste concrète et souple, et une conception de l’Europe qui se construit par en bas, par les régions comme « grappes de communes » s’unissant de manière volontaire, dans le respect de l’environnement.

Pour rebondir sur les débats qui ont lieu actuellement en France visant à réduire le nombre des régions, il insiste pour dire que les régions ne sont pas seulement des territoires, mais des identités et des écoles de citoyenneté. Il faut, comme Denis de Rougemont, partir de la Personne, qui a des responsabilités avant d’avoir des droits, et partir de l’échelon local, même sur les questions qui, comme les changements climatiques, posent des problèmes d’envergure planétaire.

Dans l’esprit de Denis de Rougemont, il faut selon Claude Haegi concevoir des espaces régionaux à géométrie variable. Il rappelle l’anecdote de Genève-Lyon-Turin qui, quand on joint par des lignes droites ces trois métropoles régionales sur une carte, donne une figure géométrique ressemblant à un diamant, qu’il appellera le « Diamant alpin ». Cela reste selon lui un espace pertinent, qu’il ne faut pas ignorer quand on développe des coopérations transfrontalières à plus petite échelle, comme celle qui se déploie autour de Genève.

L’Agglomération du « Grand Genève » est nécessaire pour gérer certains problèmes, poursuit-il, mais il ne faut pas aller de l’avant sans se concerter avec les voisins immédiats. Ainsi, ce serait une erreur de tourner le dos à Annecy. Il ne faut pas non plus oublier Lausanne où se développe également un projet d’agglomération. Dans la troisième partie de son exposé, Claude Haegi aborde quelques-uns des dossiers difficiles au sein de l’Agglomération du « Grand Genève ». En premier lieu l’emploi, avec un nombre de frontaliers qui est passé de 30'000 à 70'000 en quelques années, les nouveaux frontaliers ayant également un profil différent des anciens, et une familiarité parfois moindre avec la région. Il indique que les hauts salaires à Genève peuvent priver les entreprises de la région française voisine d’une main d’œuvre qualifiée qui préfère travailler en Suisse, ce qui nuit au dynamisme économique de la région. Il aborde également la question du logement, des rétrocessions fiscales, et de la culture en poussant la région frontalière française à ne pas se contenter de vivre dans l’ombre de Genève, mais à développer sa propre attractivité.

Il conclut en montrant que l’un des objectifs du programme actuel de la FEDRE est de faire mieux connaître aux responsables politiques et économiques de Genève les facteurs de dynamisme économique et les succès de la France voisine, trop ignorés, comme Arve Industries, Archamps ou Savoie Technolac auquel sera consacré le prochain Forum de la FEDRE le 26 mai prochain.

François Saint-Ouen